“Tengri” aujourd’hui au ciné : ITV de la réalisatrice
C’est aujourd’hui que sort le nouveau film de Marie Jaoul de Poncheville, Tengri, Le Bleu du ciel. Une histoire d’amour nomade au coeur des montagnes de l’Asie centrale entre une jeune femme kirghize, Amira, et un ancien marin kazakh, Temür, qui tentent chacun d’échapper à leur triste destin. Mariée par ses parents à un mercenaire alcoolique combattant aux côtés des islamistes, Amira rêve en silence d’une vie remplie d’amour et de bonheur. Parti en Europe chercher du travail après l’assèchement de la mer d’Aral, Temür a vu son exode brutalement arrêté à Calais. Rapatrié au Kazakhstan, sans aucune perspective d’avenir, il retourne au village de son père dans les montagnes kirghizes. Amira et Temür tombent follement amoureux. Décidés à vivre leur passion interdite, ils fuient leur village à la recherche d’une terre libre sous la protection de la divinité des nomades, le Tengri, le bleu du ciel.
A l’occasion de la sortie du livre, nous avons interviewée Marie Jaoul de Poncheville.
NPNS : Il y a dans le film une scène terrible de violence conjugale, où l’homme bat sa femme à mort. Quelles motivations vous ont conduite à représenter cette violence si crûment, alors que certaines pudeurs sont au contraire très respectées ?
MJ. P : Parce que cette scène est centrale, c’est LA scène du film. D’abord parce qu’elle oriente l’histoire : l’héroïne décide de fuir à la suite de cette scène. Mais plus profondément aussi : les violences faites aux femmes, l’alcoolisme et l’islamisation intégriste rampante du Kirghizistan sont autant de catastrophes, liées les unes aux autres, et qui doivent être comprises, reconnues et combattues. D’ailleurs les traditionalistes sur place voulaient m’interdire cette scène, mais je me suis battue. Mon film traite des tabous qui circulent autour de ces fléaux, les dénonce.
NPNS : Mais pourquoi interdire cette scène plutôt qu’une autre ?
MJ.P : Parce qu’ils ne faut pas parler des violences, il ne faut pas parler des situations de soumission des femmes ; les traditionalistes les tolèrent sans impunités, et souhaiteraient que l’on respecte la loi du silence. Qu’on ne parle pas du poids de l’Arabie Saoudite sur la vie des Kirghizs, qui voient fleurir des mosquées et des écoles coraniques… J’ai personnellement reçue beaucoup de témoignages de femmes, sur lesquels j’ai construit, retourné mon film. Je parle de la vie des Kirghizs, de la vie de maintenant. Mes acteurs me disaient : « ce film est fondamental pour nous, parce que c’est la première fois qu’on parle de notre histoire ».
NPNS : Ce n’est pas votre premier film engagé…
MJ.P : C’est exact, j’ai toujours fait des films engagés. Cela dit celui-ci rassemble beaucoup de combats. Dont nous n’avons pas forcément connaissance en Europe. Les Kirghizs pauvres partent en mercenaires en Afghanistan, gonfler leurs poches – et les rangs des talibans. La Chine et la Russie se servent complètement dans ce pays, exploitent les gens, leur font louer leur propres terres… Les mariages arrangés persistent, les mecs se droguent…
NPNS : Je sens la féministe poindre en vous !
MJ.P : bien sûr. Je suis très sensible à toutes les formes de violences qui nous sont imposées, en France et ailleurs. Moi je ne me laisse pas emmerder par les hommes. Je suis violente par rapport à aux hommes. La parité est un combat toujours actuel et nos droits les plus fondamentaux, acquis par une certaine époque de notre féminisme, sont aujourd’hui menacés.




5 mai 2010 à 9:17 dommage que je n'ai pas pu programmé ce film à l'Alhambra de CALAIS!
je suis adhérente à "niputesnisoumises" et aussi "les amis de l'Alhambra",je vois ça avec le président asso et directeur du çinéma