Barack Obama et les rêves de son père
Alors que Barack Obama fête ses 100 jours à la Maison Blanche, Pauline nous propose de revenir sur le premier livre écrit par le Président américain, Les rêves de mon père.
Elu premier président afro-américain de la Harvard Law Review, (revue juridique de Harvard) au début des années 90’, Barack Obama attirait déjà les curiosités et suscitait l’admiration. On lui proposa d’écrire un livre, comme il le dit pudiquement « moins pour sa modeste réussite que pour l’appétit de l’Amérique pour le moindre signe d’optimisme venu du front racial ».
Il envisagea d’abord de rédiger un ouvrage politique qui aborderait le spectre des problématiques sociales et raciales qui rongeaient l’Amérique, limites des droits civiques dans la promotion de l’égalité raciale, réflexion sur la restauration de la vie publique par l’intermédiaire des associations locales, retour sur l’afro-centrisme et l’affirmative action,…Mais au moment d’écrire, le pamphlet politique perdit de son sens et commença à sonner vide. C’est irrémédiablement à sa propre histoire que lui renvoyaient ses pensées, cette histoire complexe et personnelle, inscrite dans la violence de la lutte pour la reconnaissance, et l’égalité raciale.
Fils d’une américaine blanche née à Hawaii, et d’un père noir, venu du Kenya étudié aux Etats-Unis puis reparti pour bâtir son pays d’origine. (le Kenya devient indépendant en 1963) Barack Obama est le symbole du métissage moderne. Ecartelé entre le noir et le blanc, il passe des années à chercher sa place, passant d’une jambe à l’autre. Il rejettera toujours la pensée unique, la simplification des analyses, pour nous livrer une réflexion complexe et intelligente qui décrit subtilement « cet état fluctuant de l’identité qui marque la vie moderne ».
A la fac, il explique comment malgré lui mais aussi par affinités, il fait parti du groupe des « noirs ». Perplexe devant la pensée des Black Panthers, il n’hésite pas pourtant à déconstruire la pensée « blanche dominante ». Et c’est cela que l’on aime chez Obama, cette absence de dogmatisme qui rend son discours si réel. Quand à la fin des ses études universitaires, il part à Chicago et devient « organisateur de communauté », il se heurte frontalement au ghetto, à la pauvreté mais aussi aux clans sociaux, communautaires et raciaux. Pendant 4 ans, il porte à bout de bras des projets, expérimente des petites victoires et des grandes déceptions.
Il nous raconte, cette confrontation entre son idéal d’une nation unie autour de valeurs communes et la difficulté de la mettre en œuvre dans une société disloquée par la misère, le déficit de services publiques et la méfiance. S’il part, cela n’est pas par découragement, mais parce qu’il est accepté à Harvard. « Mais après tout 3 ans c’est pas long ». En effet, Barack revient ensuite à Chicago, d’abord comme avocat, puis comme élu d’Etat, la partie la moins prestigieuse de la politique mais qui consiste à obtenir des résultats concrets comme « l’extension de la prise en charge des soins pour les enfants pauvres, ou la réforme des lois qui envoient les innocents à la peine de morts ».
Mais ce n’est pas sur ces épisodes que se termine le livre. Son premier voyage au Kenya, il l’effectue juste avant la rentrée à Harvard, voyage retour, à la recherche du passé qui donnera sens à son existence, il s’en va rencontrer ces sœurs, ses frères, oncles, tantes, grands-mère qu’il ne n’a jamais connu, remonter les fils de l’histoire, pour enfin saisir qui était ce père mythique en fonction duquel Barack a bâtît tous ses repères. Mais encore une fois, le mythe est impuissant à décrire la complexité d’un homme qui a montré tous ses visages. Un homme parti étudier dans une université américaine, revenu pour aider les siens, déchu, puis réhabilité, marié 4 fois, solidaire et autoritaire, au verbe fort et aux convictions écornées par le temps,…
A la fin du livre, Obama ne tire pas de conclusions, s’il se dit « plus patient avec les autres et avec lui même », il reste sur le chemin de la quête de soi, de la compréhension de l’autre et du monde dans sa grande originalité. Et comme un miroir ou une mise en abyme, cette perception se répercute dans une vision politique : « la lutte en des mondes d’opulence et des mondes de pauvreté, entre les anciens et les modernes, entre ceux qui acceptent notre diversité avec son foisonnement, ses heurts, ses frictions, tout en mettant en exergue l’ensemble des valeurs qui nous unissent et ceux qui cherchent sous une bannière, un slogan ou un texte sacré quelconque, une certitude et une simplification qui justifie la cruauté envers ceux qui ne sont pas comme nous. »
Pauline Chabbert
Tags: livre, obama, pauline chabbert


