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Nojoud : la voir pour le croire - article du Bondy Blog

Journée promotionnelle pour le livre « Moi, Nojoud, 10 ans, divorcée »*, en présence de la victime. La petite Yéménite se trouvait mercredi face à des ados.

C’est l’une des femmes de l’année 2008 élues par le magazine américain Glamour. Elle était l’invitée de Ni putes ni soumises (NPNS) à la Maison de la mixité, dans le 20e à Paris, mercredi 28 janvier. Non, pas Nicole Kidman, pas Michelle Obama non plus. C’était la petite Yéménite Nojoud Ali, reçue à l’occasion de la sortie du livre « Moi, Nojoud, 10 ans, divorcée ». Elle est venue raconter ce qu’elle a vécu à un public composé d’adultes, de lycéens et de collégiens.

18h30 : tout le monde s’installe dans une salle, genre « conférence de presse » en miniature. Pour créer le suspense, on fait commencer tout ça à 19 heures. L’assistance, hommes et femmes de tous âges, attend avec impatience la star du moment. J’ai eu la chance ou la malchance de m’asseoir à côté d’une daronne « rebeu » qui avait amené sa fille et sa mère. Un bon petit trio de commentatrices. « Ah ! Je la vois, Nojoud, elle arrive, si, elle est là, dans le couloir… Ah non ! Ce n’est pas elle. » Ça, c’est du lourd, de l’info en direct. Dans cette petite salle où chacun s’entasse, il fallait se pencher, monter sur des chaises ou être journaliste à Canal + pour avoir le privilège d’apercevoir le petit minois de Nojoud.

19 heures pétantes, elle arrive : « Ah ! Elle est là, je vous l’avais dit ! », s’exclame la maman qui s’était trompée tout à l’heure. L’histoire de Nojoud Ali paraît presque irréelle. Cette enfant âgée de 10 ans tout juste, originaire du Yémen, est aujourd’hui une figure du combat contre le mariage forcé dans le monde entier. A ses neuf ans, ses parents décident de la marier à un homme d’une trentaine d’années. Battue, violée, séquestrée, elle prend son courage à deux mains et décide de se rendre au tribunal, seule, où elle aura la chance de rencontrer les bonnes personnes, notamment le juge Mohammed al-Ghadhi qui sera tout de suite touché par son histoire. Par la suite, c’est Chadha Nasser, une femme, avocate, qui accepte de la défendre gratuitement. Ainsi, le 15 avril 2008 le verdict tombe, Nojoud obtient le divorce.

Le public de la Maison de la mixité savait tout de cette histoire. Mais voir Nojoud la raconter à nouveau ajoutait au trouble et l’admiration. Cette petite fille aurait dû jouer avec ces amis au lieu d’être mariée, aller à l’école, tout simplement vivre comme gamine de 10 ans. Alors, quand la présidente de Ni putes ni soumises et animatrice du débat, Sihem Habchi, demande à l’assemblée s’il y a des questions, celles-ci fusent dans la seconde. Peut-on parler de censure ? Le fait est que certaines seront écartées par Sihem Habchi et Delphine Minoui, la journaliste du Figaro, spécialiste du Moyen-Orient, qui a écrit le livre en collaboration avec Nojoud.

« Sur quoi s’est basé le juge pour proclamer le divorce sachant que la femme n’a pas le droit dans les pays arabes de demander le divorce ? » Ecartée ! « Qu’est ce que pensent aujourd’hui tes parents, quelle est leur réaction ? » Ecartée ! Et ainsi de suite. Les questions éludées sont jugées un peu trop dures pour la jeune fille encore sous le choc. Nojoud, au-delà de sa réaction de rejet du mari imposé, est-elle à même d’analyser le calvaire qu’elle a enduré ? N’est-elle pas dépassée par la médiatisation orchestrée autour d’elle ? Valait peut-être mieux, en effet, éviter les questions des « grandes personnes », du type « et sinon tu penses au mariage pour plus tard ? ».

Les questions des ados étaient de l’ordre du ressenti et convenaient mieux à la petite. Emeline, 16 ans : « Je suis vraiment contente d’avoir assisté à ce débat. Même si je n’aurais pas voulu être à sa place, ça me fait vraiment mal au cœur », affirme-t-elle. Diarouma, 13 ans : « Elle est vraiment courageuse, moi, à sa place, j’aurais eu peur des juges et de leur réactions ! » Sa copine Kenza, 13 ans également : « Moi, je savais qu’il y avait des jeunes filles comme nous qui se mariaient ! – Ah ouais, comme dans ton pays, Kenza ! », s’exclame Diarouma. Elles se regardent et rigolent.

20 heures. C’est fini. On aura entendu et vu que très peu Nojoud Ali, intimidée par une salle si désireuse de tout savoir. Delphine Minoui nous explique que le rêve de Nojoud, aujourd’hui, « c’est de retourner à l’école, de manger des gâteaux au chocolat, et de jouer. Tout ce que son ex mari lui interdisait de faire et tout ce qui lui a manqué en tant qu’enfant ».

Par Zineb Mirad

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