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Face aux violences conjugales, ils réagissent

Dans le cadre des mercredis de la mixité, Ni putes ni soumises a organisé une conférence sur le thème des violences faîtes aux femmes le 28 juin à 19h. Ce fut l’occasion de recueillir l’avis de grands professionnels qui font autorité à des niveaux différents de l’appareil judiciaire : Luc Frémiot, procureur de la République au Tribunal de grande instance de Douai, et Roland Coutanceau, psychiatre des hôpitaux et expert auprès des tribunaux. Tout deux ont mis au point des dispositifs de « prise en charge des agresseurs et des agressées au sein du couple » qui se sont propagés à Lièges et Bobigny.

Pour M. Frémiot « la violence n’est pas une fatalité, on peut l’éviter ». Pourtant, en France une femme meurt tous les quatre jours sous les coups de son conjoint tandis qu’une sur dix est battue. Cette situation est intolérable ! Pour éviter que ces violences passent inaperçu, M. le procureur a interdit les « mains courantes pour violences conjugales ». Afin que la justice soit simple, transparente, que chaque plainte face l’objet d’une enquête et que policiers et gendarmes interviennent avant qu’il ne soit trop tard.

Eloigner l’agresseur du foyer et rassurer la victime

M. Frémiot est à l’origine de la création d’un dispositif obligeant les maris violents à quitter leur domicile pour vivre dans un logement d’urgence de l’association Emmaüs. « Je suis choqué que ça soit la victime qui quitte le domicile, dans des conditions souvent difficiles » explique-t-il. Cet éloignement, d’une durée de quinze jours permet de prendre en charge socialement comme psychologiquement les victimes. Il s’agit de lever leurs angoisses, leurs peurs et déceptions afin de les reconstruire. Elles doivent dépasser les humiliations qu’elles ont subies pour reprendre confiance en elles. Elles seront alors capables de surmonter tout un tas d’épreuves plus ou moins difficiles.

En ce qui concerne l’agresseur, il est placé en garde à vue dès qu’une agression est signalée à la police ou à la gendarmerie, qui interviennent en temps réel. Au cours de la garde à vue, l’homme violent est déstabilisé, « on cherche à l’impressionner : alors on le met en cellule » explique M. le Procureur. On le rappel à l’ordre, à la norme, à la réalité de façon volontairement stigmatisante. On l’interroge, on le responsabilise pendant qu’une enquête de proximité est effectuée en 24-48h. Suite à quoi le juge d’application des peines le place dans un foyer des Compagnons de l’espoir pour les 15 prochains jours. Il est alors suivi par un éducateur, un psychologue et un alcoologue et participe à des corvées ainsi qu’à des groupes de paroles. Autant d’activités qui fournissent des indicateurs, des clignotants pour que les gens comprennent quel processus les pousse à l’acte. De la sorte, l’agresseur ne retombera plus dans les mêmes travers une fois de retour dans sa cellule familiale.
Et encore, il n’échappera à la prison que s’il n’a commis que de légères violences. Il est mis en garde contre la récidive et sa femme est suivie par un travailleur social. En trois ans, le dispositif (encadré par l’article 41-6 du code pénal) de M. Frémiot s’est appliqué à 480 personnes, dont seulement 20 ont récidivé, un relatif succès, au coeur duquel se trouve l’analyse du psychologue.

La vie en couple, ressentie comme une situation « à risque »

Quant on présente à M. Coutenceau un patient violent avec sa compagne, il voit derrière lui un homme d’une certaine fragilité psychologique qui n’a pas su ni contrôler, ni exprimer son amour. Il identifie un homme qui manque de maturité pour vivre en couple. Cet homme envisage l’intimité avec beaucoup de peur, tel un véritable défi. « La peur et le manque de communication sont à la base de beaucoup de dérapages » commente M. Coutenanceau. Il estime la fin de soirée comme une « situation à risque », ce qui peut le rendre violent. On distingue alors trois niveaux de violences : la violence dans la passion, au cours des premiers mois de la relation ; puis les crimes passionnels (comme l’affaire Cantat - Trintignant) et enfin les violences conjugales régulières, inscrites dans la relation.
Très vite, le tandem de psychologues (M. Coutanceau travaille toujours en duo) dresse un profil psychologique de l’homme en l’écoutant parler. Il sera selon les cas : immature s’il reconnaît ses tords, est pris d’un sentiment de honte et à peur des conséquences ; égocentrique s’il rejette la faute sur l’autre, pense uniquement à son destin et cherche à minimiser, tout en reconnaissant la loi ou alors totalement paranoïaque s’il nie en bloc, est défiant vis-à-vis de la loi (à laquelle il est souvent hostile). Une fois que les psychologues ont reconnu à quel groupe appartient leur patient, ils peuvent mettre en place une thérapie appropriée aussi bien pour l’agresseur que pour la victime.

M. Coutenanceau, constate souvent que la violence s’est intégrée au sein des couples qu’il rencontre. Elle est présente depuis des années et est admise dans l’inconscient de la victime. Il sera alors très dur de sortir les femmes des griffes de leur bourreau. Hors, il aurait fallu réagir plus tôt. Une campagne de sensibilisation serait même nécessaire pour faire parler les femmes, ou a défaut les proches. Car dans la majorité des cas, le fait d’évoquer la violence la fait disparaître. Les proches restent donc trop souvent silencieux alors qu’ils ont un vrai rôle à jouer. Il faut pourtant bien que quelqu’un porte plainte afin que la justice entre en action.

Porter plainte est finalement un acte symbolique mais essentiel. La garde à vue va dans un premier temps responsabiliser l’individu, tandis que la menace d’incarcération que fait peser la justice sur l’agresseur inhibe généralement toute forme de violence. L’exclusion du foyer permet, quant à elle, de lui faire prendre conscience de tous ce qu’il risque de perdre. Elle lui permet aussi de réaliser une vraie de remise en question. Une activité aussi bien éducative, pédagogique que psychologique. Néanmoins M. Coutenanceau nous met en garde « Si on enlève la violence, les défis de l’intimité sont présent dans tous les couples. » A nous d’établir une relation basée nous pas sur l’emprise, la possession et la domination de l’autre mais sur l’égalité et la complémentarité.

Quant au débat sur les violences faîtes aux femmes, il se poursuit au forum des droits de l’Homme, le 11 juillet à Nantes. La commission Femme d’Amnesty International, qui a publié en janvier un rapport intitulé «Les violences faîtes aux femmes en France, une affaire d’Etat », invite d’ailleurs Ni putes ni soumises à intervenir par le biais de sa vice-présidente, Sihem Habchi, lors des débats en séances plénières , et autres ateliers.

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