Francais | English

Les « Caravanières venues du Sud » à la Maison de la Mixité

Lors de leur visite à la Maison de la Mixité, les caravanières ont entamé un dialogue fructueux et riche avec des filles des cités sur l’émancipation et l’égalité des sexes.
Dans le cadre de leur parcours en France, entamé début mai, une dizaine de membres de ce collectif féministe sont venues sur Paris les 16 et 17 mai. Mercredi après-midi, elles étaient reçues par NPNS à la Maison de la Mixité afin de dialoguer avec les filles des cités, débattre sur la nécessité de promouvoir l’émancipation, l’égalité des sexes et témoigner de leurs actions.

Après avoir été reçues mardi par le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, les Caravanières ont installé pour la journée leurs tentes sur la place Alphonse Allais, face au parc de Belleville, dans le vingtième arrondissement. Trois belles tentes berbères ont ainsi été érigées. Une pour les débats, l’autre pour les témoignages et ateliers juridiques. La troisième présentant des actions plus culturelles. Leurs amies militantes lyonnaises de « Femmes contre les intégrismes » (FCI) leur ont prêté main forte, et depuis le début du périple.

« Bienvenue chez NPNS, Bravo et Merci »

C’est le message adressé par Fadela Amara à la délégation composée d’une dizaine de caravanières venues nous rendre visite vers 16 heures. Une flopée de journalistes et de jeunes filles les attendaient, des questions pleins la tête… Une première caravanière vient témoigner de l’avancée des droits, en Algérie et au Maroc. Hichem Farmat, de la « Ligue démocratique des droits de la femme » (LDDF) au Maroc, explique pour sa part que la caravane n’est pas la seule action de terrain. Elles organisent aussi des colloques, des actions éducatives pour convaincre professeurs et élèves de la nécessité de l’égalité des droits afin de développer et moderniser les mentalités. La LDDF a aussi monté un centre de formation, une unité de recherche statistique et une école de l’égalité. « Ainsi évolueront les mentalités, avec souplesse et consensus, sans choquer, pour ne pas s’isoler » conclue-t-il.

Des acquis menacés

Ce qui a par contre frappé nos invitées, en rencontrant les jeunes filles de cités, c’est la dégradation du statut des femmes, de leurs conditions de vie, dans les cités de la banlieue parisienne et de France (Epinay, Montreuil, Saint-Denis, Vaulx-en-Velin etc…). La ghettoïsation et l’obscurantisme ont entraîné la montée du patriarcat, dégradant le rapport entre garçons et filles. Les caravanières ont tenté d’encourager, de mettre en garde : « Il ne faut pas se laisser faire » insiste Fouzia Assouli, de la LDDF : « Les jeunes filles ont des responsabilités, dont la sauvegarde des valeurs humaines. Elles doivent s’engager dans le mouvement pour l’égalité. Des milliers de femmes se sont battues pour ça ». Daniel Jiloin de FCI précise « qu’elles ne doivent pas suivre un chemin inverse, il ne doit pas y avoir de retour en arrière! ».



Défendre le droit des femmes

Les jeunes filles ont pris conscience qu’elles n’étaient pas coupables de se battre pour leur libertés, bien au contraire : c’est un devoir! « Se rendre compte que nous ne sommes pas seules, qu’elles aussi sont touchées par ce problème, ça motive et donne du courage (…) Le sentiment d’être dans le même panier nous unit » nous dit Ausma, d’origine pakistanaise, 20ans. « Le côté universel de cette réalité concrète fait réagir (…) Si malgré les dangers, elles se battent, on peut le faire aussi » pense Jessica, 19ans. Quant à Alexandra elle a été marquée par le fait que « des maghrébines prennent aussi fort la parole, c’est rare et ça fait plaisir (…) Ce sont des modèles, des exemples à suivre. » Les caravanières poursuivent le 18 leur route, passant par La Courneuve.. Elles bouclent leur voyage à Dijon, le 21 mai à partir de 11h au parc des Grésilles, après avoir visité six grandes villes et leur régions.

Le documentariste Jean-Pierre Thorn a suivi les Caravanières sur leur parcours à travers le Maroc en 2004. Il raconte dans Allez, Yallah ! L’épopée de ces femmes venues du Sud pour soutenir celles du Nord face à la montée de l’intégrisme religieux qui remet en cause leurs droits fondamentaux.

Ce film est d’autant plus émouvant que l’on y sent la profonde empathie du réalisateur pour ses personnages et son engagement dans le combat des Caravanières. « J’ai été effrayé par l’évolution de la situation dans certains quartiers de la banlieue lyonnaise en l’espace de six ans, nous confie le réalisateur. C’est effrayant à quel point le courant identitaire autour de la religion est présent, et touche les plus jeunes ». Il a aimé l’humanité de ces femmes du Maghreb. « Avec elles, nous sommes allés au contact de la population dans la banlieue lyonnaise, notamment des femmes voilées. Il ne faut exclure personne de ce combat : ce bordel est une bombe à retardement contre la République ! »

Des bâtons dans les roues

Le réalisateur les a ensuite suivies au Maroc où la délégation prend une ampleur bien différente : ce sont alors près de 150 Caravanières (dont la moitié sont des hommes…), avocates, médecins, qui vont dans les villes et les villages réunir les filles et les femmes pour discuter de leurs droits, s’attarder sur les cas particuliers, mais aussi pour enquêter sur les besoins concrets en vêtements, en matériel scolaire, les leur procurer lors de leur prochaine visite.

Jean-Pierre Thorn qui n’en est pourtant pas à son coup d’essai a eu beaucoup de mal à produire le film, faute de financement : « Aucune télévision n’a voulu nous soutenir, les femmes immigrées, on en parle pas ». « J’ai été particulièrement dégouté par le lâchage des politiques. Beaucoup de gens de gauche nient que cet intégrisme est un problème ». De ce film, Jean-Pierre Thorn espère une prise de conscience en France de ce que ce combat est indispensable à la démocratie et à la République.

Allez, Yallah ! sera diffusé Vendredi 19 mai à 20h30, à la Salle des Fêtes de la Mairie de Montreuil; le 26 mai à 20h au cinéma Les Arcades à Cannes; le 27 mai à 16h au cinéma La Napoule.
Texte de Stéphanie Caradec

Partager cet article

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , ,

 

Les commentaires sont fermés.

  OK